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Interview de Alain Tardif : Se former à la naturopathie : concilier exigence scientifique, approche holistique et pratique de terrain

Alain, pour commencer, pouvez-vous vous présenter et nous expliquer à quel moment de votre parcours vous avez ressenti la nécessité de structurer une formation en naturopathie qui soit à la fois scientifiquement exigeante, holistique et ancrée dans la pratique de terrain ?

dès l'année 1998, j'ai eu pour objectiuf de concevoir un enseignement basé sur une approche holistique, qui intègre les connaissances en biologie cellulaire, en physiologie, en anatomie et en pathologie. J'ai toujours eu une conception de la naturopathie qui soit fonctionnelle, mais aussi holistique, qui permette de comprendre les causes profondes des pathologies et d'avoir une vision complète des déséquilibres physiologiques

Dans vos formations, comment articulez-vous concrètement les données issues de la recherche scientifique (physiologie, nutrition, neurosciences, etc.) avec l’approche globale de la naturopathie, sans diluer ni l’une ni l’autre ? Auriez-vous un exemple de module ou de cas pédagogique parlant ?

ma formation se découpe en trois cycles. le premier cycle permet d'étudier les différentes techniques de la naturopathie, sur une base holistique. le deuxième cycle approfondit les connaissances du corps humain (biologie cellulaire, en physiologie, en anatomie et en pathologie) et la pharmacologie. le troisième cycle développe des techniques et des pratiques telles que la réflexologie ou l'ayurvéda, en s'appuyant sur les connaissances des deux premiers cycles

On reproche souvent à la naturopathie soit un manque de rigueur, soit au contraire une dérive techniciste qui oublie la personne dans sa globalité. Comment, dans votre expérience, évitez-vous ces deux écueils auprès des futurs praticiens que vous formez ?

la prise en compte de la globalité est à la base de mon enseignement. Les différents modules de cours, y compris les plus scientifiques, s'intègrent dans cette dimension holistique. Et deplus, l'approche holistique que je développe est elle même très rigoureuse, puisqu'elle s'appuie sur les relations entre énergie et matière, selon une approche pythagoricienne. Ainsi, elle permet de décrypter trois causes profondes des troubles de santé : une cause compensatoire, une cause psychosomatique et des causes externes à la personne.

Vous insistez sur la « pratique de terrain ». Comment faites-vous pour confronter vos étudiants à la réalité du cabinet (complexité des cas, limites de la naturopathie, coopération avec le corps médical) tout en préservant un cadre éthique et sécurisant pour les clients comme pour les stagiaires ?

tout d'abord, nous avons un module de cours au cycle 2 sur le cadre de la consultation et la pratique de la consultation. Nous demandons ensuite aux élèves du cycle 2 de faire un stage dans un cadre professionnel pour proposer 25 consultations gratuites de naturopathie, donnant lieu à un rapport de stage. ce stage implique évidemment une convention de stage qui couvre ce stage par notre assurance.

Au regard de votre expérience, quels sont aujourd’hui les principaux malentendus entre naturopathes et professionnels de santé plus “classiques”, et en quoi une formation mieux adossée à la science et à la clinique peut-elle favoriser le dialogue interdisciplinaire ?

actuellement, il est difficile de saisir les intentions du corps médical vis à vis des naturopathes. Notre souhait est que la naturopathie soit règlementée, mais il semble qu'il y ait beaucoup de réticences de la part des professionnels de santé, dont on peut se demander s'ils ne veulent pas la disparition pure et simple de la naturopathie. Il y a cependant un principe de réalité. Le marché des compléments alimentaires est en progression constante et les pharmaciens, de plus en plus, en vendent et embauchent même des naturopathes pour conseiller ces produits. Donc la naturopathie ne peut pas disparaître. Les médecins doivent donc accepter la collaboration, qui ne sera que plus utile pour les patients et clients.

Si l’on se projette à 5 ou 10 ans, comment imaginez-vous l’évolution de la formation en naturopathie en France : reconnaissance institutionnelle, intégration universitaire, spécialisation par domaines (oncologie, santé mentale, sport)… et quels changements de paradigme cela impliquerait-il pour les écoles et les formateurs ?

on peut imaginer que s'applique enfin le rapport de Matignon de 2012, qui préconisait déjà de faire évoluer les écoles sérieuses en naturopathie vers des écoles d'enseignement supérieur, un peu comme ce qui s'est passé pour l'ostéopathie

Pour conclure, quel conseil très concret donneriez-vous à quelqu’un qui souhaite se former à la naturopathie aujourd’hui : sur quels critères évaluer une école ou un cursus pour s’assurer qu’il conjugue vraiment sérieux scientifique, vision holistique et immersion dans la réalité du terrain ?

Il est déjà nécessaire que la formation comprenne environ 1200 heures de cours et modules pratiques. Il faut déjà fuir les formations 100% à distance ou en e-learning, qui ne peuvent pas inclure de pratique. Si la théorie peut se faire en e-learning ou en visio, comme dans notre école, la pratique doit se faire en présentiel. Il faut que la formation soit reconnue par OMNES, APNF ou FENA. Enfin, il faut une approche holistique qui ne se résume pas à seulement une vision corps âme esprit de l'être humain, car cette vision est un peu simpliste, excluant par exemple le mental, qui est pourtant un élément fondamental dans l'approche holistique de la santé.

Pour en savoir plus : https://www.aemn.org/

Publié le